Jean-Pierre Ska

Extraits audio

Jean-Pierre Ska, Skawronski à l’origine, est né en Suisse, à Ballens au pied du Jura vaudois en 1943. Scolarité sans histoires, suivie d’un apprentissage de photographe de reproduction, en compagnie de son ami Gaston Schaefer avec qui il créera un duo vocal, Les (Faux) Frères, en 1959.

Parrallèlement à son apprentissage et à de nombreux concerts, alors en amateur, il pratique intensément le football, sport dont il est considéré par  le milieu comme un des espoirs suisses en qualité de gardien de but, jusqu’au jour où il choisit de se consacrer entièrement à la musique en professionnel.

Mais revenons un peu en arrière…

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Japon 1969

L’Histoire en général – et celle du rock en particulier – présente quelquefois d’intéressantes similitudes pourvu que l’on se donne la peine d’y prêter tant soit peu d’attention.Voyons un peu, on est en 1960, un certain Keith Richards sort de la station de métro de Richmond un album de Muddy Waters sous le bras, lorsqu’il tombe sur un adolescent qui habite la même banlieue que lui, Mick Jagger. De ce premier contact providentiel naîtra quelque années plus tard les Rolling Stones (appellation choisie parmi les titres les plus connus du bluesman de Chicago).

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Concert revival des (Faux) Frères
Même époque, à quelques centaines de km de là, Paul Mc-Cartney fait écouter à son copain John Lennon, le premier album d’un binoclard texan, Buddy Holy, et cette passion très vite partagée pour le rock’n roll qui vient tout juste de traverser l’Atlantique aboutira à la formation des Beatles.

Un peu plus tôt et plus près de nous, en 1957, Jean-Pierre Skawronski s’en revient d’Allemagne où il est allé se familiariser avec la langue de Goethe, avec dans sa valise un 45 tours de deux frangins, ricains eux aussi, les Everly Brothers, qui seront cités par presque tous les groupes qui ont suivi comme un modèle d’harmonisation des voix. Il s’empresse de le faire écouter à son copain de quartier, Gaston Schaefer, lui aussi très vite acquis aux somptueuses harmonies vocales du duo et dans l’enthousiasme qui s’ensuivra, vite on va dénicher un batteur, un bassiste et un pianiste : les (Faux)-frères étaient nés ! Pas plus compliqué que ça …

Un premier 45 tours comportant le titre qui les fera découvrir « Oh ! Oui » efficacement promotionné par nos ondes régionales (régulièrement programmé par Raymond Colbert entre «Jailhouse Rock» et  «Rock around the Clock» dans son émission du samedi soir «Entrons dans la danse»),  connaîtra un très appréciable succès populaire puisqu’il se vendra à plus de 12000 exemplaires  en Suisse romande.

Très rapidement les (Faux) Frères vont s’imposer comme l’un des meilleurs groupes vocaux des années 60, enregistrant trois super 45 tours chez Vogue, puis trois chez Barclay, plusieurs fois invités à participer à l’émission «Age tendre et tête de bois » d’Albert  Raisner où ils sortiront vainqueurs face à des groupes connus tels que les Lionceaux ou les Bourgeois de Calais.
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Couverture du magazine TV

En 1968, le duo met en boîte un dernier disque comprenant 4 chansons, diffusé par la firme Evasion, avant qu’une séparation ne soit décidée, ce dont profitera jean-Pierre Ska pour s’en aller à la découverte d’horizons nouveaux.

C’est le Transsibérien qui le conduira vers une escale prolongée au Japon, là où il va avoir l’occasion de trouver quelques engagements, de croiser la route de Charles Trenet et de se produire également dans les rues de Tokyo. Ensuite le périple se poursuivra vers le sud-est asiatique, l’Indonésie, Singapour, puis la presqu’île malaise de Penang avec à la clé un engagement suivi dans une boîte de nuit où Jean-Pierre peaufinera un tour de chant fait de ses propres compositions et d’airs pop en vogue dans cette partie du monde.

A son retour au bercail, Jean-Pierre Ska proposera un album 33 tours au travers d’un itinéraire passionnant, aux climats très changeants et au travers d’une recherche de quelque bonheur perdu ou furtivement entrevu au cours de ses pérégrinations asiatiques. Dans de magnifiques textes auxquels à chaque fois les lignes mélodiques collent à merveille (et tandis que se détachent d’une douzaine de chansons retenues, «Nulle part où aller» et «L’autre dimension»), Jean-Pierre nous invite au dépaysement  (l’album s’intitulera «Premiers voyages») et l’on y goûte une émotion vraie, une voix flexible, fragile à certains endroits. Rappelons aussi le succès remporté à la sortie d’un 45 tours par la chanson «Globe-trotter» au fil de laquelle Ska nous apprend en bref ce qui lui a fait décider «d’aller décrocher la lune» …

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Bali, concert improvisé à l'école

Avec cet album, Jean-Pierre représente la Suisse dans différents festivals, à Spa en Belgique, puis en ex-Yougoslavie et au Portugal; il se produit régulièrement dans sa région où il donne des conférences dans les écoles, à la fois sur ses voyages et sur sa musique.

De 1976 à 1983, il gère et co-programme le cabaret-théâtre des « Faux Nez », puis participe au lancement d’une radio locale, toujours à Lausanne, avant d’entamer en 1986 une collaboration avec la Radio Suisse Romande comme programmateur musical, et enfin comme réalisateur d’émissions.

Gérard Montani