Hommage à Léon Francioli

Adieu cher ami!

Léon et moi nous sommes rencontrés à un moment de notre jeunesse où tout aurait pu faire de nous des rivaux, mais la vie a vite fait de nous des amis, des partenaires à de maintes occasions, et des complices parfois.

Alors que Léon était leader des Aiglons, le plus fameux groupe amateur de rock instrumental de Suisse romande, j’étais, avec mon ami Jean-Pierre Skawronski, à la tête des (Faux) Frères, le plus célèbre groupe, amateur aussi, mais de rock harmonique vocal sur le même territoire. Les deux groupes devaient donc se partager les rares occasions de concerts régionaux, qui nous permettaient de conserver nos activité principales, études pour certains, apprentissages pour d’autres.

Ce partage n’a pourtant eu pour principal effet que de nous rapprocher, et de se respecter mutuellement, au point que lorsque les Aiglons gagnaient des journées de Karting, lors d’une de ces fréquentes compétition de groupes de rock organisées à l’époque par l’imprésario Jean Mars, leurs invités pour la compétition à bord de ces mini-bolides sur circuits n’étaient autres que… Les(Faux) Frères.

Plus encore, lorsque les Aiglons passaient au Caveau de la Tour, temple Lausannois des concerts de rock, ils m’accueillaient et m’accompagnaient dans un set de chansons d’Elvis Presley que j’avais très envie de chanter, mais qui aurait un peu détonné et étonné dans le répertoire des Faux Frères, réputé par son originalité de duo vocal, inspiré par les Everly Brothers.

C’est surtout la suite qui nous a plus personnellement rapprochés, Léon et moi, lorsqu’avec mon ami d’enfance François Vautier, nous avons créé en Suisse romande la première compagnie d’édition et de production phonographique, le label Evasion.

Tout naturellement, Léon Francioli s’est retrouvé impliqué dans la réalisation de nombreux disques d’artistes suisses ou d’ailleurs, dont j’étais directeur artistique des enregistrements, et qui avaient besoin de musiciens expérimentés pour leur environnement musical.

Il intervenait comme bassiste bien sûr, puisqu’il en avait fait son instrument de prédilection après la dissolution des Aiglons, mais aussi comme guitariste, pianiste ou sur divers claviers, puis pour Evasion et mes envies de réalisateur, il est allé jusqu’à devenir un excellent arrangeur pour ensembles de corde et bois, lors de la réalisation de “Spleen“, une version orchestrée de l’étude no. 5 de Ferdinand Sor, écrite à l’origine pour guitare, alors interprétée par notre artiste brésilien José Barrense-Dias accompagné par un ensemble de cordes et bois de Genève. A une occasion unique, il s’est même lancé à chanter avec la compagne de Jean-Luc Godard, Anne-Marie Miéville et moi-même, dans un groupe harmonique vocal que nous avions créé pour le plaisir de se composer des chansons juste pour nous, et baptisé Kaléidoscope.

Léon et moi avons aussi composé et enregistré des titres instrumentaux de rock et ballades rock, avec pour seul musicien complémentaire le batteur Philippe Staehli, les autres instruments et voix étant assurés par nous seuls.

Léon apparaît dans de nombreux enregistrements de la compagnie Evasion, et j’ai eu notamment le grand plaisir de produire son premier album solo de jazz contemporain, Nolilanga, dans lequel il a souhaité collaborer avec le guitariste Pierre Cullaz, devenu mon ami après avoir participé à un enregistrement des (Faux) Frères, et que je venais de lui présenter à l’occasion d’un séjour en Suisse.

Ensemble nous avons aussi de nombreux et parfois mémorables souvenirs que je vais dès-lors avoir du chagrin à me remémorer seul, son départ inattendu me touche profondément. Douloureusement aussi parce que l’an dernier, à la suite d’une émission de la RTS où nous étions les deux uniques invités, il avait émis le souhait de revenir chez moi à la montagne, où par le passé, nous avions fait ensemble de nombreuses préparations d’enregistrements. Maude et moi étions ravis de le recevoir et du même coup de rencontrer enfin sa compagne, car il est vrai que depuis 1983, date à laquelle j’ai passé de la musique à d’autres activités professionnelles, nous avions passablement perdu contact, vivant assez éloignés pour ne pas se croiser dans les occasions citadines par exemple.

Et j’ai laissé passer le temps… convaincu que nous allions profiter de belles journées d’été pour concrétiser sa proposition et couler de bons moments autour d’une bonne table, en épicuriens que nous sommes tous les deux, bien accompagnés par des compagnes généreusement participatives.

Pardon Léon, à nos âges il ne faut pas trop attendre lorsqu’une idée nous fait envie, si l’on veut être sûr de la vivre, il faut passer à l’acte sans attendre. Tu n’as jamais été un donneur de leçons, mais bien involontairement, tu m’en donnes aujourd’hui une unique que je vais m’efforcer de suivre. Merci de tes rires, de tes envolées verbales enflammées, de ton jeu consistant à tout contredire systématiquement, même lorsque tu étais d’accord, merci de ta musique, de ton ouverture, de ton talent et de ton amitié.

Gaston Schaefer

Pour écouter les musiques des disques ci-dessous exposés, rendez-vous sur la chaîne Evasion Music à la page web suivante:   https://www.youtube.com/user/EvasionMusic

Cliquer sur les images pour les  agrandir ou les réduire et afficher les légendes.

leon-nolilanga

leon-francioli-gaston-schaefer

kaleidoscope

extra-muros-mp3

leon-2

leon-montreuxjose-b-dias-spleenspleen-mp3bbfc1991theus-francioli-clerc