Biographie

En fin d’une scolarité sans grandes galères, mais peu passionnante, Gaston Schaefer s’engage dans ce qui deviendra rapidement sa passion: la musique. Dès 1964, il suit tout de même avec enthousiasme et application une formation de photo-lithographe, tout en développant activement la voie musicale. Ses bons résultats professionnels lui ouvrent la confiance de son employeur, et lui ouvre la porte aux congés qui lui permettent de participer avec son groupe amateur « Les (Faux) Frères » aux premières émissions de télévision.

paradise
The Paradise Brothers, 1957

Auparavant, en 1957, il avait formé un duo vocal « The Paradise Brothers » avec son ami Johnny Roulet, à la séparation du groupe en 1958, Johnny se lance dans une carrière en solitaire sous le nom de Tony Rank.

La même année, Gaston et son ami d’école, puis d’apprentissage, Jean-Pierre Skaswronski, forment alors un nouveau duo, « Les (Faux) Frères » fortement inspiré des Everly Brothers, dont les premiers enregistrements parviennent tout juste en Allemagne, dans les camps des troupes américaines, et que Jean-Pierre ramène en Suisse à la suite de “vacances” linguistiques.

En apprentissage de photolithographe
Jean-Pierre Ska, GS

Aux premières heures, le duo adopte comme pseudonyme « The Evans Brothers », en hommage aux Everly, modèles du moment. Puis change très vite en « Les (Faux) Frères », par dépit de ne pas en être de vrais. Le groupe connaît alors un rapide succès en Suisse et en France, grâce notamment à 7 victoires consécutives au Tremplin de l’émission d’Albert Raisner « Age Tendre et Tête de Bois », en direct au Golf Drouot à Paris.

7 disques Super 45 tours et un Single marqueront la carrière des (Faux) Frères, avec de belles apparitions dans les hit-parades, que ce soit en Suisse ou en France, où ils réalisent même des indicatifs chantés pour l’émission d’Europe No 1, Salut les Copains. Leur répertoire se compose principalement de compositions personnelles et d’adaptations françaises de chansons des Everly Brothers.

Le groupe, devenu professionnel en 1965, s’use et se sépare. Jean-Pierre part alors faire un périple en Asie, Gaston crée en compagnie de son ami d’enfance François Vautier, une maison d’édition et de production de disques, sous le label Evasion qui avait été créé pour réaliser les derniers enregistrements des (Faux) Frères.

francois
François Vautier

De 1967 à 1982, Evasion produira plus de 100 LP et de nombreux Singles, avec une prédilection pour les artistes régionaux, mais un répertoire qui s’étend de la musique classique au jazz contemporain, en passant par le rock, la chanson et le folklore, voire les prémices de la world music.

Durant cette période, Gaston Schaefer produira de nombreux artistes, dont Henri Dès et Michel Bühler par exemple, et entre autres Léon Francioli avec qui il collabore fréquemment lors des enregistrements pour Evasion.

Parallèlement, il continue à composer et à chanter, mais de façon sporadique, au gré des rencontres. Ainsi il enregistre en 1969 un premier disque avec Léon Francioli et Anne-Marie Miéville, sous le nom de Kaléidoscope, puis un disque instrumental, toujours avec Léon, sous le nom de L.E.M., qui devient indicatif à RTL.

En 1970, Jean-Pierre Skawronski rentre de voyage et enregistre un Single, Globetrotter, qui rencontre un vif succès. Il partage l’enthousiasme de Gaston pour Crosby, Stills & Nash, révélés par le festival de Woodstock, et ils décident d’enregistrer un album en français, allant dans le même esprit. Ils ajoutent une voix à leur duo en s’associant pour l’occasion un jeune artiste, Claude Lauzzana, dont Gaston suit la progression depuis quelques mois.

extra-muros-a
Jean-Pierre Ska, GS, Claude Lauzzana

Ensemble ils forment Extra Muros, dont l’album sort en 1971, distribué en Suisse par Evasion, en France par Warner Bros.

La collaboration avec WB France entraîne une amitié avec la Direction de la Compagnie et Gaston ne tarde pas à collaborer à la promotion en Suisse des artistes qu’il y rencontre, à commencer par Véronique Sanson, Michel Berger ou Michel Jonasz, entre autres.

Véronique Sanson persuade alors Gaston Schaefer d’enregistrer en solo, mais réticent à l’idée de se produire lui-même, il signe un contrat avec Warner France. Avec la complicité du producteur Jean-Pierre Orfino, un Single paraît en 1973 avec « Comme avant » et « La nuit n’en finit pas » sur Reprise Records, suivi en 1978 d’un album sur Warner Bros., que la compagnie accompagne du slogan: En France aussi, nous avons notre musique de Californie.

vero-a
Véronique Sanson, GS

Cet album, à la fois hommage au livre de Vladimir Nabokov LOLITA et à divers artistes comme James Taylor, Stephen Stills ou Jesse Colin Young, fait une percée remarquée, notamment avec la chanson Strasbourg St-Denis, écrite en collaboration avec Yves Simon.

Sur cet album, Gaston chante d’une voix chaude, claire, définitivement personnelle, des mélodies qu’il a ciselées avec précision et comme on en rencontre rarement en telle quantité sur un seul disque. Jamais la monotonie ne vient entacher l’écoute. Ses compositions sont amples et légères, l’instrumentation souple et décontractée glisse en délicatesse le long de la voix sans jamais la couvrir, mais demeure au contraire bien plus qu’un simple accompagnement. Un recueil agréable à notre oreille, parce que rien n’y est exagéré et tout y est employé avec discernement et intelligence, même les artifices de studio. Et si finalement l’interprète emprunte une succession de climats californiens qui sont autant de clins d’oeil à James Taylor, JacksonBrowne ou Linda Ronstadt, il joue et perfectionne une musique qui lui appartient en propre. Et ce n’est pas là le moindre de ses mérites (Chronique parue dans Femina le 25 octobre 1978).

Entre ces deux disques, en 1976, Gaston remporte le prix du Festival de Spa en Belgique, accompagné à la guitare par un nouvel artiste dont il est en train de produire un disque: Michel Buzzi.

L’association Buzzi-Schaefer rencontre tout de suite l’enthousiasme des organisateurs de concert qui leur proposent des dates, alors que le répertoire n’existe pas encore. L’idée leur plaît, mais ils n’ont pas envie de refaire un duo et décident que chacun chantera son répertoire individuel, mais en général accompagné par l’autre à la guitare et aux harmonies vocales.

buzzi-scha-c
Michel Buzzi, GS

Plus de cent concerts vont se succéder sous cette forme de 1977 à 1980, dont le Festival Folk d’Epalinges, le Paléo Festival à Nyon, et de nombreuses salles comme Les Faux Nez à Lausanne ou le Théâtre de Carouge à Genève; il y aura aussi la Franco Fête à Liège, et une tournée en Belgique.

Le public fidèle de leurs spectacles regrette l’absence d’un disque qui reproduise l’ambiance des concerts, aussi Michel et Gaston enregistrent en 1980 pour Evasion « D’un commun accord », album acoustique juste renforcé dans quelques titres, par la présence de Léon Francioli à la contrebasse, ou Alain Monney à la guitare et aux harmonies vocales; l’enregistrtement en « live » est réalisé par Jean Ristori.

Ce seront les dernières années de chanson et de production de disques pour Gaston, qui choisit 1983 de se tourner vers des activités plus stables, mais ce seront aussi ses plus belles séances d’enregistrement, avec la participation de musiciens dont il a longtemps rêvé.

Pour son album solo, enregistré en majorité au studio Aquarius à Genève par Jean Ristori, il s’entoure de Andy Newmark, qui a enregistré avec Carly Simon, James Taylor, Randy Newman ou  John Lennon, entre de nombreux autres, ainsi que Jean Roussel et Bruce Lynch, respectivement clavier et bassiste de Cat Stevens.

avec-pat
Patricia Lavila, GS

Il produit encore un album de Patricia Lavila, avec le retour d’Andy Newmark à la batterie, entouré de Don Grolnik aux claviers, John Siegler à la Basse, Hugh Mc Cracken et John Woollof aux guitares, David Sanborn au saxophone, Mike Mainieri au vibraphone et Lenny Castro aux percussions.

On retrouve dans ces albums les amis de Gaston, Claude Lauzzana aux arrangements de cordes et dans les vocaux, et bien sûr Michel Buzzi.

De 1983 à 1986, Gaston assure la direction musicale d’une station de radio à Lausanne, puis il devient responsable de communication à la Radio Suisse Romande durant 10 ans. Puis il se tourne vers ce qu’il a appris durant ses loisirs depuis 1983, la prévision météorologique. Acquise lors d’une formation de pilote privé, puis professionnel, sa formation dans ce domaine se complète par des stages suivis chez Météo Suisse et Météo France.

Parallèlement, Gaston Schaefer a continué à pratiquer la photographie et la retouche photographique, manuelle ou assistée par ordinateur, que ce soit pour son plaisir ou pour la réalisation d’affiches d’artistes ou de pochettes de disques.

Gérard Montani